Jacqueline est une fervente lectrice de notre blog. Elle milite depuis longtemps pour la cause hongroise, et
contre l'injustice du diktat de Trianon. C'est avec plaisir que je lui donne une « carte blanche » pour qu'elle puisse s'exprimer en toute liberté à propos de son amour de la
Hongrie.
Pourquoi et comment s’intéresse- t-on a un Pays ?
En 1956 j’avais 27 ans lorsque le magazine Paris Match a largement couvert l'insurrection hongroise et publié des photos qui
après avoir fait le tour du monde sont devenues des photos cultes. Ces reportages de Life et de Paris Match ont eu un très grand impact en France et dans le monde.
Il y eut le drapeau hongrois troué d’un boulet de canon (je l’ai revu exposé à la Terror Haza), les chars, les morts
allongés sur le trottoir, les combats de rue, la mort de Jean Pierre Pedrazzini beau et jeune reporter de Paris Match grièvement blessé par des balles reçues lors des combats de chars
; il y eut la photo de ce charismatique jeune couple de hongrois en couverture du magazine.
La France était préoccupée depuis l’été par l’annexion du Canal de Suez par Nasser et travaillant dans une usine aéronautique,
j’étais
réquisitionnée. Je me suis concentrée sur
ces évènements qui m’impactaient directement, et la Hongrie s’est éloignée de mon esprit. A cette époque il n’y avait pas de TV chez mes parents.
Ensuite, ayant un travail avec de longs horaires, un mari, un enfant, je suis revenue vers la Hongrie par le biais
des chocs musicaux. Liszt, Bela Bartock , le pianiste György Cziffra interprétant à l’Opéra de Marseille les rapsodies hongroises. Entrée dans de tels moments je n’en suis plus sortie
la même.
Ces chocs musicaux lors des concerts à l’Opéra de Marseille et au festival de piano de la Roque d’Anthéron ont créé dans mon
imaginaire une auréole de la Hongrie qui me plaisait déjà au travers des opérettes de Francis Lehar , de destins de Reine Sissi, Clémence de Hongrie venue épouser Louis X le Hutin (pauvre
Clémence) et de la maison d’Anjou. Notre Roi René est fort aimé en Provence, à Aix, Salon, Tarascon.
Enfin, en 2005, retraitée depuis 1986 j’ai envisagé d’aller vivre à Budapest pour booster ma vie, comme je venais de le faire
pendant 12 ans avec la Catalogne, en Espagne. Désirant m’intégrer j’ai commencé à apprendre la langue et à
m’informer des divers aspects relatifs à la vie d’une française sur le sol Hongrois (habitat, couverture sociale, aspects juridique et fiscal, accueil).
J’ai trouvé une Dame Hongroise parlant français qui m’a renseignée et mis en relation avec une Française qui fréquentait l’Institut français et vivait à Budapest depuis 2 ans, pour suivre son
mari envoyé par son entreprise en déplacement, en Hongrie.
Et c’est cette Française de Paris, qui m’a dit : oh non, nous ne sommes pas toujours bien vus, pensez donc avec ce
que nous leur avons fait à Trianon en 1920 !
J’étais totalement ignare à ce sujet et pour cause Aucun enseignement ne m’avait été donné sur ce traité et sur la
chirurgie territoriale qui en résultait : la Grande guerre de 1914-1918 n’avait jamais été dans mes programmes.
Cependant le programme de terminale en 1968 comportant la grande guerre de 1914-1918, on peut voir dans le manuel de
Jean-Baptiste Duroselle page 49 le Traité de Versailles et page 55 quelques lignes sur la Hongrie :
L’ancienne « transleithanie » était , elle aussi, réduite à 92000km2 et 8 millions d’habitants. De
nombreuses minorités hongroises étaient désormais sous des souverainetés étrangères. D’avril à juillet 1919 Bela Kun établit un régime communiste dans le pays. Il fut finalement renversé. La
majorité des Hongrois, restés fidèles à la dynastie des Habsbourg, essayèrent en vain de rappeler l’ancien Roi Charles 1er (1921). L’opposition des voisins de la Hongrie, Tchécoslovaquie,
Roumanie et Yougoslavie, qui constituèrent « une petite entente » anti-hongroise, empêcha cette restauration. Mais les Hongrois ne proclamèrent pas la République et furent gouvernés par
un Régent , l’amiral Horthy.
Pour faire bref, ici, nous savons à travers les manifestations de notre vie courante que l’Allemagne a perdu la guerre en
1918 et que la France a retrouvé l’Alsace et la Lorraine. Que cette guerre des tranchées avec l’emploi de gaz asphyxiants fut très destructrice en vies humaines et que le territoire était
ravagé, que les déserteurs étaient fusillés, qu’il y eut les belles victoires mémorables de la Marne et de Verdun, et que le traité de Versailles fut signé dans un train.
C’est donc grâce à Internet en consultant différents sites que j’ai fait la formation qui est la mienne ce jour sur le Traité de
Trianon, ses conséquences ainsi que sur la Hongrie d’avant et de maintenant.
Non seulement internet mais certains ouvrages tel la relecture du tome 8 « la paix » de la série « La grande
guerre » éditée par les Editions de St Clair, édition numérotée et réservée « Aux Amis de l’Histoire ». On trouve page 180 ce texte (qui porte aussi à réflexion
sur le comportement des hommes politiques préoccupés de bienséance….comme si cela était de mise après un tel carnage).
Le grand public, naturellement, ne connait pas tous les détails de ces traités…. Que la Transylvanie devienne
roumaine, que ….. tout cela ne dit pas grand-chose au Français moyen….. Il voit surtout la fin d’un cauchemar….. et le retour de l’Alsace-Lorraine à la mère patrie.
En développant la relation avec cette Dame Hongroise qui parle français, je suis allée sur les sites concernant les Csangos, et
j’ai été séduite par cette branche un peu particulière d’origine hongroise, oubliée quelques siècles et donc restée un peu en marge ce qui leur donne de la fraicheur de l’authenticité dans notre
monde quelque peu pourri et surfait.
De nouveaux amis m’ont signalé les ouvrages de Bernard Le Calloch sur les « Csangos de Moldavie » et sur « les
Sicules de Transylvanie ». Et sur la Transylvanie d’avant la 1ere guerre mondiale, comment ne pas tomber raide
foudroyée par la lecture de la saga transylvaine écrite par
le
Comte Miklos Banffy « Vos jours sont comptés » , « Vous étiez trop légers » et « Que le vent vous emporte ».
Des descriptions de la nature, des forêts d’une immense beauté et des mœurs de l'aristocratie de l’époque d’un intérêt
rarissime fantastique, l’organisation et le cérémonial des chasses, des fêtes , la vie des petites gens , la naissance des coopératives d’exploitation de bois, et la nostalgie d’un
temps et d’un pays perdu font un ouvrage poignant et attachant. Toutes les armoiries de la famille Banffy sont dans
Farkas Utca Templon à Kolozsvar.
Depuis 2005 je m’intéresse à ce que nous appellerons la cause Hongroise c'est-à-dire : à la fois aux Hongrois placés sous la souveraineté d’un autre pays du jour au lendemain qui par l’exécution du Traité de
Trianon se trouvent étrangers sur leur propre terre et, ainsi coupés de la Mère Patrie leur Hongrie et de tout ce qui s’y rattache : l’identité, le passé historique, les traditions,
la culture ancestrale, la langue et par une intégration forcée sont soustraits aux changements qui interviennent dans tous les domaines dans la partie restée sous souveraineté hongroise.
Progressivement forcés de s’éloigner de leur frère hongrois : Ils sont doublement perdants . Cela est une situation contre nature.
et à la fois aux Hongrois restés dans ce qu’il reste de la Grande Hongrie qui du jour au lendemain, après
Trianon, sont coupés des deux tiers de leur pays avec tout ce qui s’y rattache de richesses vitales, d’histoire, et de culture depuis des siècles et voir un « nouveau
maître » disposer voire balayer en toute liberté ce qui fut leur vie pendant des siècles Devoir dire progressivement adieu à leurs frères hongrois qui bientôt ne parleront même plus
leur langue d’origine :
Dans cette situation poignante contre nature : Ils sont doublement perdants : chez eux et numériquement au Parlement
européen.
Un pays, c’est une langue
J’ai appris l’existence des Csangos par une Budapestoise qui parle français , avec qui j’ai été en relation d’affaires en
2005 et dont je suis devenue une Amie. Je me suis informée plus largement en navigant sur internet. J’ai vu leurs danses et leur costume. Ce sont des petits hongrois, catholiques
habitant de l’autre côté des Carpates, en Moldavie. On y parle le roumain.
J’ai considéré d’importance le fait de soutenir l’enseignement de leur langue afin de sauvegarder autant que faire se peut leur
culture exceptionnelle et leur langue d’origine bien qu’il y ait des dispositions
en faveur des langues minoritaires ; encore faut-il que les gouvernements y consacrent quelque effort et un budget.
Concrètement, je soutiens l’Asociata Maghiarilor geangai din Moldavia à Bacau qui dispense dans
quelques villages en Csangofold un programme d’enseignement coordonné par l’Association des Enseignants Hongrois de Roumanie.
Au fil du temps, les soutiens augmentant, cet enseignement est donné dans une vingtaine de villages, alors qu’au début il
n’y en avait que cinq, puis dix etc… Tous ne sont pas encore pourvus.
Donc il faut partir en croisade pour soulever des vocations pour aider les enfants Csangos de Moldavie à s’instruire pour s’en
sortir ensuite dans la vie, et qui ont besoin de matériel : tel que des bureaux, des livres, des dictionnaires, des ordinateurs, etc..
Et il en coûte c’est dérisoire pour un français : le prix d’une paire de chaussures banales : soit 130 euros
par an.
Avec ces fonds, l’association paye les instituteurs, les fournitures, la location des salles.etc… Toutes ces précisions sont
disponibles sur internet via google et sur le site www.csango.ro
Le parrainage : Personnellement, j’ai voulu un engagement plus personnalisé et j’ai donc parrainé une petite fille qui
avait 8 ans à l’époque d’un village pauvre qui s’appelle Kulsörekecsin. Comme marraine on peut créer une présence en envoyant une simple carte postale, un jouet, une peluche, du chocolat ;
tout petit cadeau fait plaisir aux enfants.
Dans mes colis je mets des CD de musique classique du matériel de dessin et des friandises. Des choses plus ciblées pour la
famille peuvent avoir leur utilité mais c’est plus délicat.
Dans sa classe, une autre fillette a une marraine d’Aix en Provence, du coup les 20 enfants qui n’ont pas encore de parrain ou
marraine en veulent tous une et tout de suite, m’a écrit leur institutrice par e mail. Ils vous attendent vous aussi, parrainez un enfant Csango.
Des tensions et des Hommes
Les tensions viennent en riposte me semble-t-il de situations créées par les pays voisins de la Hongrie. D’ailleurs
il y a bien eu en 1921 entre la Yougoslavie, la Roumanie et la Tchécoslovaquie la « petite entente » anti-hongroise, pour empêcher la restauration envisagée par la Hongrie après
la chute de Bela Kun , ce qui prouve que cette hostilité ne date pas d’hier. Cette attitude des pays voisins continue sciemment pour bloquer la Hongrie qui, hélas sous domination communiste
pendant longtemps est restée muselée. Aucun des pays voisins n’a envie de rendre à la Hongrie les terres et les hommes dont ils ont hérité en 1920 ; craignent –ils que la Hongrie
parvienne à remettre en cause les dispositions de Trianon ? Le jobbik agite le drapeau patriote et avance des intentions de revendiquer un rééquilibrage : Ils se font
traiter de fascistes ou d’agitateurs d’extrême droite lorsqu’ils sont patriotes (ndlr: en effet ce mouvement politique est souvent taxé, notamment par la presse occidentale,
d'extrémiste).
La conscience
Le fait que la Slovaquie ait pu voter la loi slovaque et l’imposer comme langue nationale unique alors qu’il y a dans ce
pays une forte population hongroise historiquement chez elle, sur sa propre terre,
dépasse l’entendement , et que de surcroit la communauté européenne ferme les yeux c’est du jamais vu. Je trouve cela intolérable
pour qui possède un tant soit peu d’humanité. Sur des faits de cette nature, ce sont tous les défenseurs des droits de l’homme, tous les intellectuels, tous les hommes de plume, toute la presse
et les médias qui devraient réagir et condamner de telles prétentions (ndlr: Jacqueline a adressé de nombreux courriers à plusieurs personnalités, mais l'intérêt porté a la cause magyare ne fut
pas grande... nous en avons l'habitude, hélas !).
Qu’attendre ? Qu’attendre d’une trentaine de personnalités du monde politique, médiatique, intellectuel
journalistique et artistique que voilà sensibilisés personnellement sur l’injustice du traité de Trianon de 1920 qui a dépecé le pays de Liszt, des nombreux prix Nobel, un pays
millénaire qui possède une langue unique et une culture raffinée comme la Hongrie ! Quelle infamie pour mon pays que d’avoir ainsi crucifié des millions de Hongrois que l’on cherche
maintenant à priver de leur langue, et que devient dans ces conditions notre discours sur les droits de l’homme ?
Disons que, Nous Français, nous l’avons échappé belle en 1945. Si nous avions perdu la guerre sans l’aide des Anglais et
des Américains, qui serions nous aujourd’hui ? en Provence peut être italien et l’on nous forcerait d’abandonner la langue de Molière ?
Qu’attendre ? Qu’il y en aient parmi cette trentaine , qui osent remettre en cause la chirurgie territoriale de la Hongrie
faite à Trianon et dénoncer l’injustice qui a créé , nous le voyons bien dans les relations conflictuelles des petits pays du bassin des Carpates, une situation invivable pour les minorités
hongroises rebaptisées slovaques, roumaines etc… , ainsi que pour la Hongrie.
Qu’attendre ? Me répondre ? non ! Mon but est de les mettre face à leur conscience afin que chacun fasse son
métier.
Il n’est jamais trop tard.
Pays de culture
La Hongrie possède tout ce qui peut m’ intéresser : Des œuvres de peintres, des musiciens, théâtres et opéra, des musées,
des spectacles, des châteaux, un fleuve, des chevaux, des
cafés, des restaurants. La Hongrie a aussi de belles églises, des basiliques, de belles avenues, de beaux
monuments, des galeries d’art, des piscines et des thermes ! La Hongrie a de jolies villes, des lignes de
métro, le transport gratuit pour les gens âgés. Et puis il y a la campagne, le lac Balaton, des ponts et des couchers de
soleil superbes.
Mon inquiétude vient plutôt du fait que j’ai peu d’espoir de pouvoir être libre pour aller y vivre, mais je poursuis l’étude de
cette langue qui me résiste.
Je remercie de tout cœur Jacqueline pour s'être ainsi livrée à nous. Je vous souhaite, chère madame, plein de courage et
de force pour continuer encore longtemps la lutte tant au niveau personnel qu'au niveau de notre cause sacrée !